Cité Royale de Loches

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De son donjon médiéval au logis de style gothique en passant par sa collégiale, la cité royale de Loches offre un voyage incontournable dans l'histoire de France. Bien plus qu'un château, la cité royale forme en réalité l'ensemble historique de la ville haute de Loches, où l'on retrouve différents édifices dont les époques de construction s'échelonnent du 11e au 16e siècle. Cet éperon rocheux dominant la vallée de l'Indre représente très tôt un site stratégique majeur convoité par les Capétiens et les Plantagenêts. Aux alentours de l'an mil, la place est détenue par la maison d'Anjou. Le comte Foulques Nerra y fait alors bâtir un imposant donjon, haut de 36 mètres, destiné notamment à servir de base dans sa lutte contre les comtes de Blois. Au cours du 12e siècle, Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et roi d'Angleterre, vient compléter le caractère défensif de la forteresse, avec la construction de courtines, de tours et de profondes douves. Mais tout cela ne suffit pas à freiner les ambitions des rois capétiens visant à reconquérir les terres acquises par les Plantagenêts. C'est ainsi qu'en 1205, fort de ses succès en Normandie, reprise à Jean sans Terre, le roi de France Philippe Auguste réussit à prendre Loches. Le château intègre dès lors, et de manière définitive, le domaine royal, devenant au passage une prison (elle le demeurera jusqu'en 1926). Dans la fin du 14e siècle, un nouvel édifice sort de terre sous l'impulsion de Louis Ier, duc d'Anjou et frère du roi Charles V, c'est le logis royal. Bien que nous soyons encore dans les périodes troublées de la Guerre de Cent Ans, c'est une demeure de plaisance à l'architecture gothique qui voit le jour. Ce nouveau château est davantage utilisé dès l'avènement de Charles VII, premier souverain à venir s'installer avec sa cour itinérante dans le Val de Loire. Dès 1443, il fait du logis royal la résidence de sa favorite Agnès Sorel. Bien que déserté par son successeur immédiat Louis XI, le logis bénéficie d'agrandissements sous les règnes de Charles VIII et de Louis XII. François Ier sera le dernier roi à résider ponctuellement à Loches, jusqu'en 1544.

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Agnès Sorel
(c. 1422 - 1450)

 

Vue de la ville et du château de Loches
(Louis Boudan, 1699) - Collection BNF

 

 

Infos pratiques
 

  • Accès : la cité royale correspond à la ville haute de Loches, un site intégralement piéton dont l'unique accès se fait par la porte royale. Quelques places de stationnement sont disposées sous les remparts, mais sont assez vite saturées, notamment les jours d'affluence. La solution de confort consiste à stationner dans la ville basse. Si vous préférez le train, la gare de Loches, desservie par la ligne Tours-Loches est située sur l'autre rive de l'Indre, à environ 10 minutes à pied de la cité royale.

  • Organisation de la visite : le billet d'entrée donne accès aux deux sites de la cité royale, à savoir le donjon et le logis royal (chacun de ces sites dispose d'une billetterie). Il n'y a pas d'ordre de visite imposé, même si chronologiquement il paraît plus opportun de débuter par le donjon pour mieux comprendre l'histoire du site. La visite peut se faire soit librement à l'aide d'un fascicule explicatif, soit guidée à des horaires bien précis. Le reste de la cité fortifiée reste accessible librement, notamment la collégiale et le jardin Saint-Louis qui lui est accolé.

 

Cité Royale de Loches
5 place Charles VII
37600 LOCHES
Tel. 02 47 59 01 32


www.chateau-loches.fr
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Ma visite de la cité royale

 

Avant de pénétrer dans l'enceinte fortifiée de la cité royale, un petit détour par les fossés secs s'impose, afin de mieux apprécier le caractère défensif de la forteresse. Nous sommes ici au cœur de l'une des réalisations engagées par les Plantagenêts sur le château de Loches. Creusées à même la roche, ces douves sont impressionnantes de par leurs dimensions, larges de 25 mètres et profondes d'une vingtaine de mètres. Certains éléments défensifs, comme par exemple les caponnières ne sont plus visibles en raison du remblaiement des fossés au cours du 19e siècle. Les murailles du 12e siècle sont quant à elles protégées par trois tours en amande qui viennent compléter le dispositif de défense.

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À l'intérieur même de la cité fortifiée, le donjon bénéficie aussi d'un système défensif redoutablement efficace. Le pavillon d'entrée est en effet protégé par une barbacane triangulaire, dont la construction est bien postérieure au reste du donjon, puisqu'elle date du 15e siècle. Elle permettait d'offrir une protection supplémentaire au châtelet d'entrée, lui-même équipé d'un pont-levis. Philippe de Commynes, chroniqueur du roi Louis XI y fut détenu plusieurs mois dès 1487 pour avoir marqué son opposition à l'avènement de Charles VIII. Sa détention se déroula dans une cage de bois et de fer, dont une réplique est exposée ici. Immédiatement accolé au châtelet d'entrée, le donjon de Foulques Nerra est l'édifice majeur de cette partie médiévale de la cité royale. Le toit et les planchers ont disparu, mettant un peu plus en évidence son impressionnante stature (36 mètres de hauteur). Son sommet est accessible à la visite, et dévoile une vue panoramique sur Loches et ses alentours.

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Philippe de Commynes
(1447 - 1511)

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Occupant un angle du château, la tour Louis XI est une construction du 15e siècle composée de trois étages habitables. À la base de la tour, une vaste salle circulaire est présentée comme le cachot du Cardinal Balue. Si l'ecclésiastique fut bien enfermé (et même enchaîné) durant 11 ans dans un cage de fer pour avoir trahi le roi Louis XI au profit du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, il est fort vraisemblable que ce fut en réalité dans les étages supérieurs de cette tour. Au rez-de-chaussée, la salle de la question rappelle qu'ici étaient torturés les prisonniers, afin de leur faire avouer leurs crimes et les noms de leurs éventuels complices. Une barre de fer munie d'entraves témoigne de cette sombre époque où la question était légitimée dans le droit français... Dans les étages se trouvaient les différentes cellules où étaient détenus les prisonniers. Nombre d'entre eux, tout comme les soldats laissèrent des traces de leur passage dans la pierre. La salle des graffitis dévoile ainsi une série d'œuvres improvisées, évoquant diverses croyances, la guerre, la mort...

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Ludovic Sforza
(1452 - 1508)

Bien que construit à cheval sur les fossés secs, le martelet est accessible depuis la terrasse des fortifications par son niveau supérieur. Il n'est donc pas visible de la cour du château, et sa visite constitue une découverte de la partie souterraine de la cité royale. Construite au 15e siècle dans d'anciennes carrières, cette tour haute de 27 mètres accueillit des cachots répartis sur quatre niveaux. On y retrouve notamment le cachot des Évêques, où furent emprisonnés un temps Jacques Hurault, évêque d'Autun et Antoine de Chabannes, évêque du Puy, tous deux accusés d'avoir rallié le connétable de Bourbon dans son ambition de destituer le jeune roi François Ier. La tour abrite également le cachot de Ludovic Sforza. Le duc de Milan, protecteur notamment de Léonard de Vinci, fut capturé en 1500 par les armées de Louis XI durant les campagnes d'Italie, puis transféré en 1504 à Loches. Il y passera les quatre dernières années de sa vie, bénéficiant toutefois d'avantages dus à son rang : cellule chauffée et meublée, latrines, visites et promenades autorisées... Grand amateur d'art, il recouvrira les murs de sa cellule de remarquables fresques, toujours visibles de nos jours. La visite se termine dans les entrailles de la forteresse, à vingt mètres sous la cour du château. Un réseau de galeries témoigne de l'exploitation de la colline durant plusieurs siècles pour l'extraction du tuffeau, cette pierre blanche emblématique du Val de Loire. Un réseau souterrain qui servit certainement de lieu de repli ou d'issue de secours en cas de siège...

 

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Après la visite du donjon médiéval, direction maintenant le logis royal. Mais en route, une halte à la collégiale Saint-Ours s'impose. Cet édifice roman, aisément reconnaissable grâce à ses étranges pyramides octogonales qui émergent du toit (les fameuses dubes), doit également sa notoriété à la présence du tombeau d'Agnès Sorel. Le tombeau de marbre est surmonté d'un gisant d'albâtre, représentant la favorite de Charles VII veillée par deux anges. À ses pieds, deux agneaux évoquent de manière symbolique son prénom. Au fil des siècles, le tombeau eu à subir nombre de vicissitudes. Installé à l'origine dans le chœur de la collégiale, il fut tout d'abord transféré dans la nef en 1777. Profané à la Révolution, il bénéficie d'une restauration sous le Premier Empire, puis est déplacé dans un sanctuaire aménagé spécialement au pied du donjon. En 1970, il est une nouvelle fois déplacé, cette fois dans le logis royal, avant enfin de retrouver la collégiale Saint-Ours en 2005...

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À l'extrémité nord de la cité fortifiée, nous abordons enfin le logis royal, chef d'œuvre gothique de la fin du Moyen-Âge. À droite de l'entrée du logis, la tour de guet du 14e siècle, appelée aussi tour Agnès Sorel est l'un des seuls éléments présentant un caractère défensif assez symbolique, car contrairement à la forteresse médiévale, nous sommes ici avant tout dans une résidence de plaisance. Le logis est constitué d'une suite de pièces où sont évoqués les grands personnages ayant marqué l'histoire du château de Loches : Charles VII, Jeanne d'Arc, Agnès Sorel, Charles VIII et Anne de Bretagne. L'oratoire de cette dernière vient d'ailleurs clore la visite des lieux. D'un style gothique flamboyant, ses murs sont ornés de mouchetures d'hermine, élément indissociable de la duchesse. Côté est, surplombant la vallée de l'Indre, la terrasse permet d'admirer la façade orientale du logis et offre une vue imprenable sur la ville de Loches.

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Charles VII (1403 - Picto couronne14221461)
Agnès Sorel
(c. 1422 - 1450)

 

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Mes impressions de visite :  ****

Autant le dire tout de suite, tout amateur d'histoire ne pourra qu'être ravi à la découverte de Loches et de sa cité royale. La visite des lieux offre en effet un plongeon dans l'histoire de France, de l'époque médiévale aux prémices de la Renaissance. Pour ma part, c'est la partie médiévale qui a le plus attiré ma curiosité, notamment les anciens cachots de la tour Louis XI ainsi que le véritable labyrinthe souterrain qui se cache sous la cour du château. Côté logis royal, on entre réellement dans un autre univers architectural. Concernant les intérieurs du logis, je demeure quelque peu mitigé. D'un côté, les expositions qui y sont organisées sont réellement passionnantes et en totale adéquation avec l'histoire des lieux, mais d'un autre côté, elles viennent un peu masquer le caractère historique et architectural des pièces. Comme souvent pour les salles d'expositions aménagées dans des lieux historiques, le parfait compromis n'est hélas pas toujours évident à trouver. Enfin, avant de quitter Loches, je vous recommande vivement une visite de la ville basse, pleine de charme et qui vaut pleinement son intégration au réseau des plus beaux détours de France...

Visite effectuée en novembre 2014

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Commentaires (2)

xlansade
  • 1. xlansade (site web) | dimanche, 02 Juillet 2017

Merci beaucoup pour votre commentaire ! Très heureux que cet article vous plaise ! :)

myrtille taff
  • 2. myrtille taff (site web) | dimanche, 02 Juillet 2017

quel article intéressant et tres document, les photos sont magnifiques, on s'y croirait,

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